Le lavage des mains…

Les repas communautaires (prenant place actuellement le mercredi et le samedi midi), outre qu’ils fournissent gratuitement deux repas complets aux enfants, qui ne peuvent pas toujours en bénéficier au sein de leur cellule familiale, est également l’objet de plusieurs apprentissages : les enfants mangent à heures fixes, s’attendent les uns les autres, et doivent se laver les mains avant de passer à table.

Au sein d’une île où les pathologies sont multiples, et les épidémies récurrentes (la Rougeole a emporté plus d’un millier d’individus l’an dernier, la Peste -saisonnière à Madagascar- est descendue des villages des Hauts plateaux pour s’implanter en ville il y a maintenant un peu plus de deux ans…), nous priorisons l’acquisition de règles d’hygiène de base (un grand merci à Stefan, notre hygiéniste, dont les conseils adaptés nous sont précieux !).

Cette habitude, supposée acquise en Occident, n’est pas encore dans la manière de faire de la grande majorité de la population Malgache : pour tenter de le comprendre, il faut d’abord garder en tête la difficulté d’accès à l’eau à Madagascar. En effet, en brousse, la corvée d’eau (toujours affectée aux femmes et aux jeunes filles, ce qui souvent les contraint à négliger l’école) pâtit de l’éloignement des points de puisage (les latrines sont bien souvent distantes des habitations également…). En ville, le visiteur de la grande île sera frappé par le nombre de porteurs d’eau et leurs sempiternels bidons jaunes : pour ne prendre que ce seul exemple, les habitants d’Antananarivo, la capitale, souffrent sur de nombreux quartiers d’une difficulté récurrente d’approvisionnement en eau… A Diego-Suarez (« Antsiranana » depuis l’indépendance, il y a 60 ans de cela) la difficulté à l’intérieur de l’enceinte de la ville est moindre (même si les coupures d’eau récurrentes obligent ceux qui le peuvent à faire des stocks), mais s’accroît au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la cité : la pauvreté est d’autant plus grande et les équipements moins présents, ce qui est le cas du quartier périphérique d’Ambalavola où nous intervenons.

Ensuite, il n’existe -quasiment- pas d’apprentissage aux régles d’hygiène de base : le mode de transmission des germes « manuportés » reste inaccessible à l’immense majorité de la population (la maladie bien souvent, est encore attribuée aux mauvais esprits, où au non-respect des ancêtres qui se rappelleraient ainsi aux vivants…).

Paradoxalement, avec l’impact du Covid 19, les choses commencent à changer, car ici comme ailleurs, les messages sur les « gestes barrières » sont martelés ( mis en scène, et régulièrement en chanson).

Aussi, nous avons saisi cette circonstance pour introduire cette pratique dans le déroulement des repas, afin que répétée en préambule, l’habitude soit acquise, puis gardée par les enfants accueillis. Chaque geste est expliqué et accompagné par les adultes : le savonnage, le rinçage (pour pallier le manque récurrent d’eau courante, Stefan a doté la cuisine d’un bidon jaune à robinet, dont l’usage s’est répandu en ville aux portes des magasins avec l’impact de l’épidémie),

l’essuyage des mains (une fois encore, sur des serviettes -en coton- dédiées fournies par notre hygiéniste au grand cœur, et non plus sur les vêtements : mauvaise pratique locale que certains d’entre nous avions aussi dans notre enfance hexagonale !).  Nathalie puise la majeure partie de l’eau qu’elle utilise dans un puits que son propriétaire laisse en libre accès aux personnes vivant alentour -lorsqu’elles n’en abusent pas- : qui a dit à tort que la Générosité n’existait plus ?

Avant que nous ne démarrions l’action avec elle, je la voyais régulièrement y emmener les enfants privés d’accès à l’eau au sein de leur famille pour les aider à se laver avant d’aller à l’école… Nous avons doté Nathalie de deux filtres de purification d’eau, afin que l’eau consommée par les enfants soit exempte de tout germe ou pollution.

L’un des rêves « fous » de Stefan est d’installer une douche à demeure, et je le pense capable d’y parvenir un jour !

En effet, une priorité « absolue » est d’éduquer à l’hygiène et à la santé (puis, ensuite, de favoriser l’accès aux soins)…

On le voit ici avec un jeu qu’il a conçu, afin d’apprendre les mathématiques aux enfants.

Revenons du rêve-utile moteur de nos existences Africaines, comme Occidentales- à la réalité : le lavage des mains n’est qu’une première et indispensable étape vers l’acquisition des « bons gestes » pour faire barrière à toute forme de contamination par contact.

Sur la base de cette première habitude acquise, nous mettrons en place -après le confinement actuel- des sessions d’éducation à la santé, qui seront animées par Junko, la femme de Stefan, dont c’est le métier…

Pas à pas (« step by step »), nous construisons ainsi nos actions en réponse aux problématiques rencontrées au quotidien par les enfants, grâce à un collectif qui ne cesse de s’étoffer : que tous et toutes ici soient remercié(e)s pour la qualité de leur participation au soutien proposé aux enfants. Il faut souligner ici, afin de comprendre sans juger et tenter d’agir, l’influence sur le lavage des mains de la difficulté d’accéder, puis stocker l’eau à Madagascar…

Même si la situation de Diego-Suarez (tant du point de vue géographique que par l’abondance des pluies) est à l’opposé du Sud de l’île, qui souffre d’une désertification ayant gagné plus du tiers du pays ; l’influence du changement climatique avec le réchauffement se traduit au quotidien par une raréfaction de cette ressource, que les familles démunies vont alors consacrer prioritairement à la cuisson du riz (puis au lavage manuel du linge).

Le lavage du corps est considéré « de facto » comme secondaire (de même que le brossage des dents, même si la situation générale s’améliore, de nombreuses O.N.G et associations travaillant en ce sens avec les plus jeunes…), et en tous cas fortement déterminé par les conditions socio-économiques de la cellule familiale. 

Le stock d’eau est vite épuisé : qu’elle vienne des fameux bidons jaunes (dont tant le contenu que le transport est payant) ou de la coûteuse « Jirama » (l’organisme d’état gérant eau et électricité à Madagascar, au réseau antédiluvien, dont les pertes sont de plus de la moitié de l’eau à distribuer) quand le logement est relié au réseau, ce qui est rarement le cas au sein des familles avec lesquelles nous travaillons. 

Arnauld.